L’hypothèse folle d’Angela Merkel à la tête de la Commission européenne

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes » - Jean Monnet

L’hypothèse folle d’Angela Merkel à la tête de la Commission européenne

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L’annonce lundi de la chancelière allemande de ne pas représenter à la fin de son mandat a non seulement ouvert officiellement sa succession, mais également relancer une rumeur liée à l’exécutif européen : Angela Merkel comme présidente de la Commission européenne.

C’est une rumeur folle, mais quels sont les éléments qui donnent de l’épaisseur à cette hypothèse ?

Sa succession risque d’arriver très vite à la CDU

La journée de lundi est une crise majeure au sein de la droite allemande. Après le revers électoral en Bavière et en Hesse, la CDU sait qu’elle reste le premier parti du pays, mais se retrouve vraiment très affaiblie. Une partie de ses électeurs se dirigent soit vers l’extrême droite avec l’AfD, soit vers les Verts qui sont les plus pragmatiques au centre.

Or, la CDU est bloquée dans une impasse politique : seul un changement de personnalité pourrait concrétiser auprès de ces électeurs un changement de politique. Mais quel camp choisir ? La droite de la droite ou le centre droit ?

En tous les cas, la Chancelière a dû renoncer à se représenter à la tête de son parti et à une potentielle nouvelle campagne en 2021.

Sa Gross Koalition risque d’exploser

De plus, les partenaires de coalition au niveau fédéral risquent aussi d’exploser en vol. La CSU bavaroise a subi un revers historique en courant après l’extrême droite, mais a aussi limité la casse avec l’AfD que certains sondages avant l’élection du 14 octobre donnaient à plus de 18% et qui finit par 11%.

L’autre partenaire, les sociaux démocrates du SPD ne vont pas beaucoup mieux que la CDU. De nombreuses voix en interne poussent à la fin de la participation à la Gross Koalition tant cela semble incompris par toute une partie de leurs électeurs.

Les deux partis n’ont donc plus de raison de faire des compromis avec l’autre pendant de la coalition. Bref, malgré l’annonce d’hier, les jours de Merkel à la tête du gouvernement allemand sont comptés.

Une sortie par le haut pour Merkel

Au moment des résultats des élections législatives de septembre 2017, le score moyen de la CDU avait empêché Merkel de choisir son partenaire de coalition, ce qui a mené à des négociations sans réussite pour former une « Jamaïcaine » avec les Verts et les Libéraux.

Cela avait démontré la fin du cycle politique engagé par Angela Merkel au moment de son arrivée à la tête de la CDU en 2000. Déjà à l’époque, les commentaires en France espéraient voir dans ce dernier mandat pour la chancelière une dimension européenne. Le mythe du « Merkel va être obligé de faire avancer la construction européenne pour laisser une trace, comme Helmut Kohl l’avait fait avec l’euro ».

Une vision un peu déformée en France par l’envie affichée par Emmanuel Macron de marquer son mandat par une avancée européenne majeure. Malheureusement, Merkel est une partisane de l’Europe des Etats et de la méthode des (très) petits pas. Même si elle est prête à avancer sur certains dossiers, elle n’acceptera jamais une véritable Europe politique.

Pourquoi le voudrait-elle ? Elle a une position incontournable au sein de l’organe qui décide de tout, le Conseil européen. Merkel n’a donc aucun intérêt à donner plus de pouvoir à un gouvernement européen qui prendrait ses propres décisions sans son aval.

Mais partir à la Commission, cela lui permettrait de sortir du bourbier politique où elle est engluée. Surtout, elle n’a pas réellement d’autres options, en dehors de devenir la première femme présidente de l’Allemagne. Un tel animal politique, au coeur du pouvoir depuis 16 ans a forcément envie de continuer à influencer le cours de la vie politique.

Un boulevard chez les Spitzenkandidaten

Ce qui donne du corps à cette hypothèse, c’est le vide intersidéral dans la course aux Spitzenkandidaten. Si la droite européenne a une vraie-fausse élection interne pour le poste avec Weber et Stubb, les sociaux-démocrates du SPD n’ont pas de perspectives de gagner cette élection et risquent de subir un recul majeur au Parlement européen. Ce qui ne pousse pas les candidats au portillon.

Du côté des centristes libéraux de l’ADLE, le retrait de la Danoise Margrethe Vestager les laisse sans candidat fort pour négocier une quelconque coalition, Guy Verhofstadt ne souhaitant apparemment pas y aller.

Chez les Verts, il y aura un duo, mais, même si les écologistes sentent le vent pousser dans leurs voiles, ils ne sont pas assez présents partout dans l’Union européenne pour espérer peser réellement au Parlement.

Enfin, Manfred Weber, le grand favori au PPE laisserait sa place à Angela Merkel. C’est une évidence politique. Et la chancelière pourra jusqu’à moins de deux mois de l’élection annoncer sa candidature quand elle le souhaitera. Elle a décidément toutes les cartes en main.

Merkel, spitzenkandidat ?

Il y a beaucoup de « si » dans ce scénario, mais ce serait assez savoureux de voir Angela Merkel en tant que tête de liste du PPE. Elle n’a jamais soutenu ce processus en interne, même si elle ne s’est jamais réellement opposée aux Spitzenkandidaten officiellement. La pragmatique qu’elle est n’insulte jamais l’avenir d’une part et avait en 2014 le candidat de son choix d’autre part avec Juncker.

Mais en tenante de l’Europe des Etats, elle avait jusqu’au bout tenté de contrer ce processus avec, en point d’orgue cette fameuse réunion en Suède sur une barque au milieu d’un lac avec les Premier ministres britannique, suédois et néerlandais…

Si jamais Angela Merkel devenait spitzenkandidat, elle serait sûre de l’emporter, tant au Parlement européen qu’au Conseil. Sa légitimité au sein de ses pairs lui permettrait de dépasser les réticences à voir un(e) Allemand(e) prendre la « direction » de l’Europe, même si le Conseil européen restera celui qui décide réellement au final.

En plus, elle pourra jouer sur le symbolisme d’être la première femme à la tête de la Commission européenne, car ce sont jusqu’à présent seulement des mâles qui ont présidé l’institution basée à Bruxelles.

Mais toute cette hypothèse folle risque de se fracasser sur l’habileté et l’envie de la chancelière actuelle de rester au pouvoir à Berlin. De nombreuses fois, la fin de l’ère Merkel a été annoncée, à chaque fois, la Chancelière est restée au pouvoir et a gagné les élections…

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