Accord Macédoine – Grèce : une victoire du projet européen face aux nationalistes

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes » - Jean Monnet

Accord Macédoine – Grèce : une victoire du projet européen face aux nationalistes

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C’est enfin entériné, Alexis Tsipras a définitivement acquis sa place aux rangs des grands dirigeants nationaux qui ont marqué l’histoire de la construction européenne. Après avoir sorti la Grèce de la tutelle de la Troïka, il a réglé un conflit qui datait de 1991.

L’accord conclu entre la République de Macédoine du Nord et la Grèce vient d’être ratifié vendredi 25 janvier par le parlement grec, après une semaine de dure bataille à la Vouli où le Premier ministre grec a failli tomber et où sa coalition a explosé en vol.

Au-revoir FYROM

On va enfin pouvoir arrêter d’appeler la Macédoine « Fyrom », parce que les Grecs ne voulaient pas que le nom d’une de leur région soit repris par un pays voisin. Un peu comme si la Sarre devenait indépendante de l’Allemagne et avait décidé de s’appeler Lorraine… Et que la France refusait que cela soit le cas, empêchant son adhésion à l’Otan et à l’Union européenne, ce qui est compréhensible.

Ce qu’on a vu aussi, c’est que la bataille autour de ce changement de nom opposait deux camps : ceux qui voulaient arrêter ce conflit idiot et les nationalistes en face. Il y a eu des manifestations, des hurlements au parlement, des accusations de haute trahison… Des deux côtés de la frontière, même s’il n’y a pas eu d’alliance entre les deux camps nationalistes pour faire un front commun contre l’accord.

C’est donc une victoire pour l’Union européenne qui a chapeauté les discussions depuis longtemps, créant les conditions du dialogue. Mais c’est surtout une victoire du projet européen : on doit pouvoir vivre ensemble, échanger et commercer ensemble plutôt que de rester chacun derrière sa frontière. Vivre dans la paix avec ses voisins est ainsi plus important que la revendication nationaliste.

Les leçons pour l’Europe

Tout n’est pas réglé pour autant. La Macédoine n’est pas prête à venir dans l’UE, loin de là. Tant économiquement que du point de vue politique et judiciaire. Et la question des minorités, notamment celle appelée « albanaise », dans ce pays pourrait être source d’un possible conflit futur. Sans oublier l’influence grandissante de la Russie dans la région qui poussait Athènes à ne pas laisser tomber pour éviter l’adhésion d’un nouveau pays à l’Otan.

Le règlement de ce conflit nous apprend aussi que les camps nationalistes ne faiblissent pas et savent mobiliser. Mais pour autant, les grandes manifestations d’une minorité n’empêchent pas les dirigeants déterminés à trouver des solutions. On l’avait déjà vu au moment des accords de paix du Vendredi saint en Irlande du Nord.

A l’heure du Brexit et du probable retour d’une frontière dure en Irlande du Nord, on se dit que le dialogue est plus que jamais la seule arme dont on dispose pour éviter le retour des horreurs du passé. Mais pour ce faire, il faut être deux à dialoguer. En Grèce et en Macédoine, il a fallu deux dirigeants légitimes, sans lien avec la droite nationaliste, pour mener ces accords au bout. En Irlande du Nord, il n’y a plus de gouvernement dans cette province britannique et Theresa May navigue à vue car elle n’a pas de réelle majorité pour la suivre. C’est ce qui explique en grande partie la situation critique dans laquelle se trouve le Brexit.

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