Européennes : la gauche française ne veut plus d’une alliance PPE – S&D au Parlement européen

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes » - Jean Monnet

Européennes : la gauche française ne veut plus d’une alliance PPE – S&D au Parlement européen

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La gauche française n’en peut plus de l’alliance entre socialistes et conservateurs européens au Parlement européen après les élections européennes. Que ce soit chez les troupes de Mélenchon (LFI), ou celles de Benoît Hamon (Générations) ou d’Olivier Faure (PS) ou de Yannick Jadot (EELV), ou de Fabien Roussel (PCF), cette perspective fait frémir.

Même pour Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, cette perspective hérisse le poil. Dans un communiqué publié dimanche pour proposer 10 combats pour rassembler la gauche (de gouvernement), le dernier point interpelle le lecteur habitué aux débats du Parlement européen :

10. Contre les grandes coalitions avec la droite dans la direction des institutions européennes

L’Union européenne est un projet politique. Elle doit porter ses principes et faire vivre ses valeurs à l’échelle mondiale (respect de l’environnement, des droits humains et de la justice sociale) et être dotée de diplomaties et d’armées coordonnées. Elle doit à nouveau faire vivre le débat politique dans ses institutions. La cogestion de l’UE par les grands partis de droite et de gauche a dépolitisé les institutions européennes et sapé la confiance des citoyens dans la vie politique européenne. Pour y faire vivre le débat démocratique et offrir un choix clair aux électeurs, les formations politiques de gauche doivent réaffirmer avec force leurs valeurs et propositions, sans craindre l’opposition et la confrontation avec les forces de régression.

Nous nous engageons à voter contre l’investiture d’une Commission européenne qui ne s’engagerait pas clairement à défendre les principes contenus dans cette déclaration. Au sein du Parlement européen, nous travaillerons à construire un arc socialiste, progressiste et écologiste, portant les principes de cette déclaration tout au long de la législature 2019-2024, en collaboration avec les forces de la société civile (syndicats, ONG, mouvements civiques…) qui les partagent. Le temps de la cogestion PSE-PPE des institutions européennes est révolu. Place à la politique.

Est-ce tenable ?

Comme le fait l’association Sauvons l’Europe depuis 2005, Place publique veut que la gauche européenne ne participe plus à la grande alliance traditionnelle gauche – droite. C’est une approche très française de la politique. Dans l’Hexagone, impossible d’envisager une telle chose. On se souvient des tentatives d’alliance entre Bayrou et le PS qui avaient été repoussées par une grande partie des chefs de courants car ils jugeaient le centriste « par essence » de droite.

L’avantage de cette vision est qu’elle permet d’avoir deux camps bien définis pour l’électeur. Cependant, le défaut de ce positionnement a priori est qu’il ne faut pas le sur-vendre. Du reste, on voit déjà dans le communiqué de Place publique, le biais qui est habituellement utilisé par le S&D pour justifier son alliance globale avec le PPE : « Nous nous engageons à voter contre l’investiture d’une Commission européenne qui ne s’engagerait pas clairement à défendre les principes contenus dans cette déclaration ». C’est exactement ce qu’avait dit le chef de groupe socialiste en 2014, l’Italien Gianni Pittella, pour justifier le soutien à la Commission Juncker au moment de son investiture…

Une question qui divise au sein de la gauche

Au Parlement européen, le problème n’est pas tellement la cohérence politique, elle existe car les textes sont âprement négociés. Le souci vient plutôt d’une absence de contrat de gouvernement, comme il est de coutume dans les coalitions dans les démocraties parlementaires européennes.

Avec les élections européennes, nous sommes dans une élection à la proportionnelle, ce qui veut dire qu’il est peu probable d’avoir une majorité forte pour un groupe politique, surtout avec un camp eurosceptique avec une centaine de sièges au moins. Dire donc à l’avance à l’électeur qu’il n’y aura pas d’alliance avec la droite pour gouverner est une erreur.

Cette question risque par ailleurs de faire exploser la gauche. Au sein de la GUE, la France insoumise ou Podemos n’en peuvent plus de l’alliance avec les sociaux-démocrates. Au sein des Verts, les Grünen veulent gouverner avec la CDU, tandis qu’EELV refusent tout lien avec ne serait-ce que le centre. Chez les socialistes, les Italiens du PD risquent de voir leur nombre d’eurodéputés se réduire. Or, c’était notamment eux (avec les quelques Français du groupe) qui avaient impulsé la volonté de recréer un arc de gauche.

L’étape d’après : la Commission

Mais une gauche éclatée au Parlement européen comme en France a aussi besoin de se regrouper pour peser avant toute négociation avec la droite pour établir une majorité stable dans l’hémicycle. Car crier « l’Europe sociale » ne suffit plus pour attirer l’électeur. Définir des priorités claires ne peut avoir que du bon.

Si les parlementaires de gauche veulent vraiment lutter contre le sentiment d’absence de différences entre gauche et droite au niveau européen, ils doivent porter le combat sur la composition de la Commission européenne. Car le jour où celle-ci deviendra un véritable gouvernement, le contrat de gouvernement sera, par définition, obligatoire. Pour le moment, en dehors du président de la Commission, les commissaires sont choisis en fonction de la couleur politique du gouvernement national…

Le jour où l’électeur aura l’impression d’élire un gouvernement de gauche ou de droite aux élections européennes, là, on aura fait un grand pas.

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