Le Brexit entre dans le jeu du Blame Game… et Boris Johnson va en être le grand gagnant

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes » - Jean Monnet

Le Brexit entre dans le jeu du Blame Game… et Boris Johnson va en être le grand gagnant

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C’est une farce qui dure depuis trop longtemps, mais dont les conséquences vont être énormes, ce qui pousse tout le monde à repousser l’échéance. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a été votée en juin 2016 et entre dans la dernière ligne droite de la plus mauvaise des façons. En grande partie, en raison des divisions britanniques sur lesquelles l’actuel Premier ministre Boris Johnson joue pour mieux se maintenir au pouvoir.

Actuellement, il prétend faire des propositions qui ne sont en rien une vraie alternative à l’accord de retrait, pourtant négocié avec le gouvernement britannique à l’époque de Theresa May. Les Européens ont bien compris le piège : s’ils refusent les propositions britanniques, Boris Johnson va dire que c’est la faute des Européens. Le mémo a déjà été envoyé aux députés conservateurs pour qu’ils chargent l’UE de l’entière responsabilité de l’échec.

Le Brexit est un moyen, pas une fin

Cette stratégie a été annoncée depuis la prise de fonction de Boris Johnson, mais nous faisons tous semblant de ne pas le voir : il ne veut pas d’un accord pour que le Brexit soit le moins nocif, c’est le contraire qu’il espère. Car la radicalité lui permettra d’obtenir une majorité au Parlement grâce au système de vote britannique.

En effet, avec un scrutin majoritaire à un seul tour, c’est le parti qui arrive en tête qui emporte le siège député. Face à un parti travailliste mené par l’épouvantail Corbyn, les Conservateurs ont de toutes les manières une base électorale forte (entre 30 et 40% suivant les endroits), qui ne voudra pas donner le pouvoir à Jeremy Corbyn, perçu comme l’équivalent de Jean-Luc Mélenchon outre-Manche. Boris Johnson a compris le message politique d’une partie de son électorat qui s’est manifesté lors des dernières européennes. Le Brexit party de Nigel Farage était  arrivé en tête car les Conservateurs étaient au milieu du gué sur le sujet.

Par conséquent, en faisant porter la responsabilité de l’échec à l’UE, Boris Johnson ne tourne pas le dos à son électorat traditionnel d’une part et fait coup double en étant le Premier ministre qui obtient le Brexit dur d’autre part. De plus, il siphonne l’électorat de Nigel Farage en promettant une politique migratoire dure. La ministre de l’Intérieur, Piri Patel, a du reste tenu un discours lors du congrès des conservateurs à Manchester où elle a lié immigration et lutte contre la criminalité

C’est ultra-cynique, mais c’est politiquement sa meilleure option dans un Royaume-Uni très divisé politiquement.

Il peut tout à fait l’Irlande du Nord plus tard

Et tant pis, si le pays va connaître une déflagration économique et que des milliers de personnes vont se retrouver dans une situation administrative ultra-compliquée. Ce fan de Churchill se voit probablement déjà à la tribune en train d promettre « du sang et des larmes »… Et avec une telle déflagration économique et politique, il espère obtenir facilement des élections anticipées où les sondages lui permettent une forte majorité.

Avec cette logique cynique, Boris Johnson est tout à fait capable d’abandonner l’Irlande du Nord et ses partenaires unionistes du DUP en rase campagne une fois qu’il n’aura plus besoin d’eux à Westminster. Cela lui permettra de reprendre la main dans les discussions ensuite avec ses « partenaires » européens pour les discussions sur la future relation avec le continent.

C’est un scénario catastrophe dont Boris Johnson pourrait sortir le grand gagnant.

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