Brexit : l’hypothèse de la sortie par défaut

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes » - Jean Monnet

Brexit : l’hypothèse de la sortie par défaut

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Encore une fois, les députés britanniques ont réussi à compliquer l’affaire du Brexit. Alors que nous nous attendions à un #SuperSaturday, nous n’avons eu qu’une nouvelle péripétie de ce feuilleton commencé avec l’appel de David Cameron à un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Au final, Boris Johnson a dû se résoudre à demander un report, même s’il le fait pour la forme. Il pourrait tenter de faire voter mardi (ou dans la semaine) un texte global qui porte autant sur l’accord de retrait négocié avec l’Union européenne que sur sa mise en oeuvre. On notera au passage que les Brexiters les plus hard sont en fait de sacrés menteurs. Ils avaient juré qu’ils n’accepteraient jamais un contrôle des marchandises entrant en Irlande du Nord, mais sont prêts à signer un texte qui le dit, sous prétexte que leur champion l’a négocié.

Depuis plusieurs mois, ma théorie est de dire que nous allons vers une sortie « dure ». Non pas par une victoire des plus souverainistes chez les députés britanniques, mais par une incapacité à se mettre d’accord sur un texte. C’est encore le cas aujourd’hui. Il n’y a pas de majorité pour quoique ce soit au parlement britannique. Et cela arrange tout le monde, car chacun peut rejeter la faute sur l’autre.

Pas de confiance entre conservateurs

Tout d’abord parce qu’il n’y a pas de confiance entre les différents camps chez les conservateurs. C’est pour cette raison que l’amendement Letwin a été adopté samedi. Déposé par un député conservateur, il avait pour but de demander un report afin de s’assurer que les conditions de mises en oeuvre de l’accord ne soient pas détricotées dans les prochaines semaines par l’aile la plus nationaliste du parti (représentée par le groupe informel ERG).

Il n’y a pas de raison que cette confiance revienne dans un temps tellement contraint. Et il est probable que les Européens rejettent une demande de report.

Une opposition qui fait de la petite politique

L’opposition travailliste est confrontée à un problème de leadership. Son chef, Jeremy Corbyn, est un véritable épouvantail politique pour une grande partie du pays, mais il donne aux militants du Labour une garantie d’ancrage à gauche. N’étant pas un pro-européen, il fait du Brexit une question d’opportunité politique. Il a prétendu d’abord ne pas vouloir d’une sortie sans accord, mais a refusé ensuite tout accord signé par les Conservateurs. Proposant parfois un référendum, d’autres fois un report. Et quand on lui propose de voter des élections anticipées, il refuse car il ne veut pas devoir gérer la sortie de son pays et en être tenu pour responsable.

De leurs côtés, les indépendantistes écossais du SNP eux aussi ne sont pas clairs. Ils pourraient voter l’accord qui éviterait à leurs électeurs de subir les conséquences économiques du Brexit sans accord. Au lieu de cela, ils font durer les négociations car cela leur est favorable dans les sondages. Il est vrai qu’une partie des Ecossais avaient voté pour se maintenir dans le Royaume-Uni parce qu’on leur avait dit qu’ils allaient être sortis de l’Union européenne sinon. Cet argument ne tiendrait plus en cas de Brexit dur. Mais faut-il une telle crise pour convaincre les citoyens d’un choix politique, la sortie du Royaume-Uni, plutôt que de leur en donner envie ?

Un Boris Johnson gagnant quoiqu’il arrive

Le Premier ministre britannique a tout gagné pour le moment. Son parti n’est plus en concurrence avec le Brexit Party de Nigel Farage dans les sondages. Soit Boris Johnson fait ratifier un accord avec l’UE et évite une grave crise politique et économique, soit il est celui qui aura tenu contre vent et marée pour tenir sa promesse de réaliser le Brexit au 31 octobre.

Dans les deux cas, les élections anticipées qui s’annoncent le placent en bonne position car il aura raffermi sa base. Avec un mode de scrutin majoritaire à un tour, il risque d’arriver en tête de nombreuses circonscriptions, raflant au passage les députés qui vont avec. La sortie sans accord est de toute façon son plan électoral depuis le début.

D’autant plus si l’opinion lui donne crédit d’avoir essayé de faire signer un accord jusqu’au bout. Il ne sera donc pas tenu responsable du chaos, dont il est pourtant à l’origine en ayant menti éhontément lors de la campagne référendaire de 2016.

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